jeudi 19 janvier 2017

J.E - L'interview...



Salut Julien, alors ont s’étaient quitté il y-a quelques mois, par une petite interview vidéo suivi d’un petit live acoustique, enregistré à la maison. Tout d’abord, merci pour ce beau moment de partage et de générosité. On se retrouve aujourd’hui pour la sorti de votre premier album, alors, comment allez-vous ?

J : Salut Stéphane, tout va bien ! On garde un super souvenir de cette entrevue à la maison, en Breizh, en harmonie. Un très beau moment de partage. On espère d'ailleurs te revoir en vrai le plus vite possible ! De notre côté tout va bien, on est super contents, l'album est enfin là, et on peut dire qu'on en est assez fiers !

Voilà quelques semaines qu’est sorti votre premier album, quels retours avez-vous eu de la part de celles et ceux qui l’on écouté ?

J : De très belles choses nous ont été confiées. On découvre les sentiments que peuvent inspirer les chansons qu'on avait écrites puis enregistrées un peu en catimini, un peu timidement, et le message est apparemment bien passé. Les gens ont bien compris le concept (des chansons en mode épistolaire qu'on s'envoie comme autant de lettres d'amour, ou des chansons écrites à deux pour se souvenirs de jolis moments de vie, voyages, etc.. Le côté intime est le leitmotiv de l'album et les gens ont aimé je pense la sincérité qui en découle, nous avons écrit avant tout pour nous, comme un journal intime et du coup ils ont l'impression d'entrer dans notre intimité tout en ressentant des émotions finalement assez universelles. Les gens se reconnaissent aussi dans nos chansons et c'est très émouvant, Le plus beau compliment est malheureusement celui d'un ami qui est décédé à peine quelques jours après avoir reçu l'album. Il m'a écrit que c'était super beau et qu'il adorait. Sa femme nous a confié que nous avions été le rayon de soleil de ses derniers jours de vie. Il a même souhaité que sa cérémonie d'incinération soit accompagnée de notre musique... C'est très fort pour nous, vraiment...

Pouvez vous nous dire comment est né ce projet ?

J : Le projet d'album est venu petit à petit et assez naturellement. Nous avons commencé à écrire des chansons car c'est notre mode d'expression instinctif à tous les deux. Au départ c'était clairement des messages personnels mis en musique, et ils étaient voués à rester dans le cadre intime, mais ayant finalement testé quelques uns de ces titres en live, on s'est rendu compte qu'au milieu de notre setlist de reprises folk et chanson, elles prenaient plutôt bonne place. Comme je suis de toute manière un perfectionniste du son, quand je bosse un titre je le bosse à fond, du coup le studio comme lieu de travail a été de toute façon l'origine même de ces titres. La qualité sonore était donc là dès le départ. On a donc naturellement bossé sur les titres et arrangé tout çà de la manière la plus approfondie possible. Au bout de quelques titres on s'est dit qu'on avait de quoi faire un vrai album alors on a foncé !


Parlez-nous de vos influences musicales à chacun, qui je suppose son d’une grande diversité et vous on sûrement inspirés pour la réalisation de l’album ?

J : Oui on peut dire qu'on aime tous les deux la musique au sens large. A titre personnel j'ai toujours considéré qu'il n'y avait que deux types de musique, la bonne et la mauvaise. Je suis touché depuis tout petit par les belles mélodies et les beaux textes. J'ai grandi avec Renaud, Goldman, Cabrel, etc les grands de la chanson française, avec un peu plus tard une vraie passion pour Brassens, Brel, Gainsbourg. Puis les grands du rock comme Pink Floyd et Dire Straits. Le reggae m'a beaucoup influencé aussi, Manu et les musiques traditionnelles notamment sud-américaines et celtiques également, mais le style qu'on a en commun avant tout je crois c'est le métal. Ce n'est pas évident en écoutant l'album je te l'accorde volontiers :) Elodie chante depuis des années dans Auspex, un groupe de métal symphonique, et d'ailleurs nous sortons d'un énorme projet avec un véritable orchestre avec deux concerts à Grenoble auxquels j'ai eu la chance de participer en tant que bassiste. Grande fierté pour nous ! 

L’album comporte 19 chansons, alors comment s’est passé l’écriture de ces titres ? Est-ce que ça a été un travail commun ou un travail individuel ?

J : Il y a de tout ! Des chansons écrites chacun de son côté comme des messages d'amour mis en musique, des chansons écrites à deux, des chansons inspirées d'un recueil de poésies en anglais. Et une chanson de mon frère d'arme Ludo, de Ke onda.  Les deux premières chansons qu'on a écrites sont How can I say et Do you remember ?  Et ce sont deux vieilles musiques instrumentales que j'avais enregistrées il y a déjà quelques années, dans un esprit folk, feutré, atmosphérique, et que j'imaginais un peu comme des bandes son pour un film genre Into the wild. Lors d'un voyage en Italie nous avons trouvé au détour d'une ruelle un bouquiniste chez qui nous avons découvert un véritable trésor, un vieux livre publié dans les années 30 sous le nom ''un inconnu'' et intitulé ''Les flûte de Pan''. Etant fanatique de la culture andine, ce titre m'a tout de suite interpellé, et nous l'avons ramené. En le feuilletant quelques jours plus tard on s'est dit que certains textes étaient juste parfaits pour des chansons. On a pris une guitare et fredonné en suivant le texte de la chanson qui deviendrait How can I say, et cà collait parfaitement à la mélodie, la métrique, les pieds, tout était en adéquation, on s'est dit que c'était magique et qu'on tenait un truc fort. Et voilà. De ce livre sont tirés 4 titres (Did we but know et Ghostly dream sont les deux autres). Pour le reste c'est plein de moments de vie, de sentiments divers liés à notre relation, à nos rêves, à nos doutes, à tous ce qui peut constituer une relation amoureuse.

Comment s’est fait le choix des chansons a retenir pour l’album ?

J : Au tout départ nous avions aussi enregistré une vingtaine de reprises de titres qu'on adore et qu'on joue en concert, mais plus le temps passait plus nous avions nos propres titres, et nous avons fini par nous concentrer à 100 % sur notre travail de composition. On s'est aussi dit que de toute manière pour des raisons évidentes de droits d'auteur nous ne pourrions jamais sortir un album de reprises. Au final l'album est composé des 19 chansons que nous avons écrites ces trois dernières années. Il y a tout ! J'ai hésité à en inclure certaines que je jugeais honteusement personnelles et intimes (comme ''Jalousie débile'' et ''Elo dis moi'') mais nous avons finalement opté pour la sincérité et le lâcher prise... et apparemment çà a plu donc tant mieux (mais ce ne fut pas facile crois moi...)


L’ambiance de cet opus est envoûtante dés le premier titre « Brecilien » qui ouvre l’album. Mais elle sait ce faire émouvante avec des titres comme « ton île », « Avant toi », « Jalousie débile » entre autres, et nous fait voyager dans des ambiances plus Celte, puis nous transporte même au pays du soleil levant. Pouvez-vous nous dire comment s’est construite cette ambiance ?

J : On a travaillé par couches, d'ailleurs les bases (guitare ou piano) puis les instruments plus mélodiques (flûtes, cordes, nappes de claviers, accordéon etc) puis les voix, les harmonies. Chaque chanson à son histoire et sa création propre, mais il n'y a pas de règle, c'est vraiment selon l'inspiration du moment...l'idée de voyage et de diversité était par contre là dès le départ. Et la notion de mélodie et d'harmonie est prépondérante dans notre travail.

Ce que l’on note à la fin de l’écoute de ce merveilleux album, c’est la richesse musicale et la grande diversité des instruments utilisés, pouvez vous nous en dire plus sur ce choix et est ce qu’il y-aurait pu en avoir encore plus ?

J : Merci pour le ''merveilleux'' c'est très touchant ! On joue tous les deux pas mal d'instruments et on essayé de rendre ce disque le plus varié possible en terme de sonorités. J'ai essayé d'utiliser toutes les guitares que j'avais sous la main pour un maximum de sons et de textures différentes, puis les violons, mandolines, banjo, accordéon, flûtes etc je me suis juste fait plaisir, elo pareil avec la harpe les flûtes etc Comme je t'ai dit plus haut c'est le seul concept précis qu'on avait en tête, la diversité. J'adore le mélange, mettre du banjo sur du reggae, un solo avec un gros son métal sur une bluette folk, ou des flûtes de pan sur une ballade presque hard rock, c'est mon kiff ! J'ai toujours trouvé que les clivages musicaux étaient des conventions stupides pour identifier plus facilement et donc vendre plus facilement, mais clairement nous on s'en fout, on a fait çà pour se faire plaisir. Après on aurait pu aller plus loin de ce côté là mais çà reste un album très acoustique, très épuré, et on aime çà.

Il faut aussi souligner la grande qualité du son apporté à cet album, pouvez vous nous dire comment c’est fait ce travail et comment a été enregistré cet opus ?

J : Merci beaucoup, c'est du son 100 % maison. j'ai tout enregistré et tout mixé avec très peu de moyens (un micro, une carte son et un ordi et voilà le travail). Seul le mastering a été assuré par un ami ingé son dans un vrai studio !

A l’écoute des textes, on notera qu’il y-a un gros travail d’écriture sur vos vies, vos expériences amoureuses, vos voyages, votre rencontre, comme un livre ouvert sur une belle histoire d’amour. Comme une envie de coucher sur le papier cette belle histoire, pour qu’il en reste une trace quoi qu’il puisse arriver par la suite. Est-ce que je résume bien, l’idée de certains textes ?

J : C'est exactement çà. Mis à part les titres tirés du recueil de poésie qui sont plus les évocations un peu désespérées d'un amour passé, un peu comme si un veuf évoquait son épouse défunte, dans une nostalgie romantique très touchante, le reste c'est nous,  J+E, nos sentiments envoyés l'un à l'autre comme autant de lettres d'amour, c'est véritablement un journal intime à deux. Et en effet çà restera, quoiqu'il arrive par la suite. Il y aura eu çà...

Il y-a aussi un texte en Japonais, comment est née cette idée de chanson ? Et de quoi parle t-elle ?

J : La chanson en japonais a aussi une histoire particulière, c'est Elodie qui se baladait à Hiroshima il y a quelques années et a entendu cette chanson interprétée par deux jeunes gens dans la rue, et elle a été très émue par l'émotion qui se dégageait de cette musique. Elle a gardé çà dans un coin de la tête, puis en cherchant sur internet elle a finalement retrouvé une vidéo de ce moment. Impossible de savoir qui est l'auteur et le compositeur de cette chanson, mais nous avons décidé d'en faire une version d'abord pour le live, et puis de fil en aiguille elle s'est retrouvé sur notre album. On avait du mal à transcrire les paroles alors quand nous sommes repartis au Japon tous les deux j'ai demandé à un ami japonais de nous aider à écrire le texte pour qu'on chante quelque chose de cohérent. Même lui a galéré pour retranscrire les paroles ! On ne le remerciera jamais assez. Le sample qu'on entend en début et fin de la chanson est donc tout simplement la version originale, en tout cas telle qu’Élodie l'avait entendue à l'époque. Voilà pour la petite histoire...


L’album est composé aussi de quelques texte en Anglais, pouvez vous nous dire de quoi ils parlent ?

J : Comme je te l'ai dit les chansons tirées du livre son des poèmes romantiques très nostalgiques d'un amour passé. Pour les titres que nous avons écrits nous-mêmes en anglais, Loop Head parle d'un endroit très spécial pour nous, un lieu perdu quelque part en Irlande, un petit paradis pour les amoureux...How about évoque le passé en mode moi qui demande ''et si on s'était connus avant ? Çà serait mieux ? Çà serait pire ? On se serait peut-être passé à côté ? '' et Elodie de répondre ''J'en sais rien et on s'en fout, profitons de ce qui nous est offert''. Maya's song est la chanson du jeu video Your Star de notre ami Nicolas Freychet (d'ailleurs le jeu sort en janvier) pour lequel j'ai composé plusieurs musiques originales. La musique est de moi et le texte est d'Elodie. IL raconte la fin du jeu, où en gros le personnage principal retrouve sa sœur disparue et celle-ci lui dit de la rejoindre dans la mort (oui je sais ce n'est pas très joyeux). Chinese Lullaby est un poème sur la Chine comme son titre l'indique.

Toutes les chansons sont écrites par vous, sauf « ça vaut le coup » , écrite par Ludo Bustos. Comment est née cette collaboration ?

J : Il y a donc la chanson Japonaise, et les quatre textes tirés du recueil de poésies aussi. Pour ce qui est de la chanson de Ludo, pour faire court c'est un titre qui existait déjà et que j'adorais depuis longtemps. Elle date de notre duo acoustique ROUGE-GORGE. On a toute une flopée de titres composés et enregistrés par Ludo sur son piano et qu'on a jamais utilisés. Il y a de vrais bijoux que personne ne connaît et qui sont de grandes chansons, et j'espère vraiment pouvoir un jour travailler sérieusement sur ce répertoire-là, qui est finalement assez loin de ce qu'on fait dans KE ONDA . Cette chanson pour la petite histoire, j'y ai repensé le jour où j'ai avoué mes sentiments amoureux à Elo, j'ai voulu accompagner cela d'une chanson, et j'ai enregistré çà très rapidement, en une petite heure c'était fait. Je trouve qu'il y a tout dans ce texte. Je n'ai qu'un regret, c'est évidemment de ne pas l'avoir écrit moi-même, mais bon n'est pas Ludo qui veut, et heureusement ! Elle a fait son petit effet je crois...

L’album a pu voir le jour grâce au financement participatif, alors est ce que l’on peut dire que maintenant, pour un groupe, c’est la seule solution pour pouvoir réaliser un album ?

J : A moins d'avoir une prod digne de ce nom (c'est à dire un contrat d'artiste dans une maison de disques) ce qui ne se fait quasiment plus, ou de rouler sur l'or, ce qui n'est pas notre cas, il est très difficile de sortir un album dans les règles de l'art. Donc en ce qui nous concerne le financement participatif a été la seule solution, et nous sommes très fiers que çà a ait si bien fonctionné.

Du coup ce système de financement participatif, est un beau pied de nez fait aux grandes maisons de disques, prouvant ainsi, que les artistes peuvent exister grâce à l’auto production et l’aide du public. Public, qui pour le coup devient acteur de ce qu’il souhaite écouter comme musique, qu’en pensez-vous ?

J : C'est çà ! On peut dire que sans l'aide de personne dans le milieu professionnel, nous avons pu réaliser un très bel objet qui nous représente totalement et surtout qui est 100 % ce que nous voulions qu'il soit, visuel, son, textes, durée, etc nous avons grâce aux gens qui nous aiment vraiment un album réalisé en toute liberté et çà n'a pas de prix.

Bon maintenant que l’album est dispo, il va sûrement continuer à vivre en live ? Est-ce que l’on retrouvera cette diversité musicale en live ? Avez-vous déjà des dates de calées ?

J : Nous avons une petite date sur Grenoble, mais pour le moment la diversité de l'album n'est pas jouable en live, nous jouons sur des guitares et des flûtes, le reste n'est pas techniquement possible. Nous avons d'ailleurs un gros travail d'arrangement de l'album pour le live à réaliser. Simplifier au maximum, trouver l'essence des titres et en aller à l'essentiel. Certains titres nous semblent pour le moment difficiles à retranscrire en live, nous sommes en pleine réflexion de ce côté-là...


Quels sont les projets pour JE, dans les semaines et mois a venir ?

J : Nous avons le projet d'un documentaire, clip, vidéo, on ne sait pas trop comment appeler çà pour l'instant, mais la production est déjà trouvée et il ne reste plus qu'à brainstormer tout çà. A suivre... Sinon promouvoir l'album et jouer un peu partout, en Breizh si jamais ce serait magique. Tu connais notre attachement pour ce merveilleux pays. D'ailleurs Brecilien, le morceau d'intro de l'album est un voyage au cœur de Brocéliande...

Je vous remercie pour ce magnifique et émouvant album, et je vous laisse conclure ce petit entretien ?

J : Je te remercie pour ton soutien inconditionnel et pour ta passion pour la musique et les groupes, çà fait chaud au cœur ! On espère te revoir très vite pour partager encore plein de beaux moments musicaux et autres en ta compagnie !